Philippe Auzel
Ing. Agri, M.Sc. MBA
Gestionnaire des opérations chez Reliefs mauriciens
Diane Rivard
Conseillère municipale
Développement et communications à Saint-Mathieu-du-Parc
Mégane Déziel
Candidate au doctorat en biologie et biologiste chez Reliefs mauriciens
Au cœur d’un paysage de forêts denses et de lacs, la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc s’est d’abord développée grâce à l’économie extractive, qui a pris son essor vers la fin du 19e siècle. Jusque dans les années 1960, l’industrie forestière y a joué un rôle central, façonnant les sphères économique, sociales, politique et culturelles.
L’un des héritages majeurs de cette époque réside dans l’érection de barrages sur les rivières, visant à créer de vastes chaînes de lacs propices au flottage du bois. Par ailleurs, pendant plus d’un siècle, la région a servi de porte d’entrée aux clubs privés, où la vie locale s’est organisée au rythme des saisons de chasse et de pêche. Ces activités ont généré divers emplois, jusqu’à l’abolition progressive des clubs entre 1970 et 1977.
Ce développement a laissé une empreinte durable sur le paysage local. Aujourd’hui, les bords de lacs sont devenus des lieux de villégiature prisés, tant par les résidents que par les visiteurs. Saint-Mathieu-du-Parc est également reconnue comme étant une porte d’entrée vers le Parc National de la Mauricie, depuis sa création en 1970. Le Parc accueille aujourd’hui plus de 200 000 visiteurs par an. Ses lacs, ruisseaux et rivières servent d’habitats à la plus importante population de tortue des bois au Canada. Ses forêts hébergent de nombreux mammifères emblématiques de la région comme l’ours noir, l’orignal et le loup de l’Est. La région est également prisée pour son Parc récréoforestier, initialement fondé par la Coopérative Forestière du Bas St-Maurice et aujourd’hui repris par la Municipalité. Le Parc récréoforestier attire actuellement 30 000 visiteurs par saison, souvent dans la région pour une visite au Parc national de la Mauricie. La région est également remarquable par le fait qu’elle célèbre des cultures aux antipodes dont les principaux éléments sont le village médiéval de Bicoline, le Ashram de la Fondation de l’Art de Vivre et le labyrinthe de la Pépinière du Parc.
Sur le plan démographique, la région fait présentement face à un vieillissement de la population et à une dynamique de dévitalisation ayant conduit à la fermeture de plusieurs services et commerces. Par ailleurs, l’économie locale, largement dépendante du secteur récréotouristique, reste marquée par une grande saisonnalité. Face à ces enjeux, l’action communautaire s’est progressivement développée pour répondre aux besoins des communautés, pour faire face aux impacts des changements sociétaux et pour compenser et atténuer les impacts des pertes enregistrées dans l’économie extractive. Des groupes comme La voix des femmes, l’âge d’or et toute la dynamique autour de la maison de la tradition se sont développés dans ce contexte d’entraide. Cette dynamique est cependant à bout de ressources et ne peut à elle seule prendre en charge la provision de services pour un secteur récréotouristique en développement. En parallèle, quelques entrepreneurs assurent un rôle actif dans la fourniture de biens et services, mais davantage de mesures doivent être mises en place pour attirer et conserver la main d’œuvre.
Fort d’une longue tradition d’engagement citoyen et avec plusieurs initiatives en faveur de la protection de l’environnement, la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc travaille depuis 2023 à l’élaboration d’un plan stratégique visant la mise en valeur de son territoire. L’objectif : en faire une destination touristique durable, en collaboration avec les acteurs privés et communautaires du secteur. Cette vision passe par la création d’une réserve de biodiversité ou d’un parc régional sur terres publiques et à l’obtention d’un statut de paysage humanisé sur le reste de la municipalité, majoritairement en terres privées. Cette vision reflète un équilibre entre conservation et développement durable, essentiel pour garantir un avenir prospère et respectueux de l’environnement à la région.
En résumé
Le paysage humanisé de Saint-Mathieu-du-Parc renvoie dans ce cas à un écosystème de forêts et de lacs et à une société, tous façonnés par l’industrie extractive (ancien clubs et passages successifs de l’exploitation forestière industrielle). Le paysage humanisé permettant de reconnaitre cet héritage, de le valoriser et d’aborder l’évolution de cet ensemble paysager et humain dans le contexte d’un développement touristique durable.
Le Parc régional / réserve de biodiversité de Saint-Mathieu-du-Parc renvoie à la protection de la valeur patrimoniale naturelle, paysagère, culturelle en assurant une utilisation harmonieuse des ressources qu’ils supportent, qu’elles soient forestières, aquatiques, fauniques, ou autres mais également pour les rendre plus accessibles pour la pratique d’activités récréatives de plein air.
Le tourisme durable est défini par l’organisation mondiale du tourisme comme une activité qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil.

